janvier 31st, 2011

Je me prénomme Archibald…

Ce court texte a été réalisé en atelier d’écriture, à partir du début du questionnaire de Proust et  d’un texte de VILA-MATAS, le voyage vertical.

Je me prénomme Archibald. Je suis emporté et colérique. Pour gagner quelques sous, je tiens le guichet du cinéma le samedi et le dimanche. Dans mon sac, je transporte systématiquement une boussole, un opinel, des chewing-gums, au cas où je devrais prendre la route… Calamity Jane est mon héroïne à la fois réelle et virtuelle, c’était une sacrée bonne femme, tellement que des gens vont toujours se recueillir sur sa tombe dans le Dakota du Sud et y laissent des flasques de whisky. Je suis bouleversé par le mot « anticonstitutionnellement » parce qu’on se croyait très malin, tout gamin, de connaître le plus long mot du vocabulaire. Et de penser à tout ça, à l’enfance, ça me remue. Je suis quelqu’un de spécialement sensible, je suis même à la limite de la sensiblerie, j’ai la larme à l’œil pour un oui ou pou un non, surtout quand j’ai lampé plusieurs canettes de Pelforth. Je suis seul maintenant dans la vie, depuis que P’pa s’est pendu à la poutrelle du hangar et que M’ma est partie avec le livreur de pizzas. Baby-Doll, ma fille m’a quitté peu de temps après, elle voulait plus me faire la popote et nettoyer la maison pendant que je me balançais sur le rocking-chair en chassant les mouches avec un éventail. Un jour que l’adjoint au maire est venu nous porter le mandat d’expulsion pour construire des bureaux à la place de notre bicoque, Baby Doll est repartie avec lui, elle est montée dans la voiture en battant des cils et en agitant son foulard. Adieu, P’pa, qu’elle m’a dit. Ma vie est ailleurs. J’suis seul, mais je m’ennuie pas. Je compte les nuages ou je construis des tas de cailloux sur mon lopin. Et la nuit je parle à la lune. Je suis tombé amoureux de la lune. La chipie me joue des tours, elle se cache ou elle éclaire comme un projecteur, des fois petite et métallique, d’autres fois large et rouge comme une crêpe à la confiture, elle se positionne toujours différemment dans le ciel… Parfois elle me sourit… Je suis quelqu’un de facile à contenter dans l’ensemble, il me faut juste un peu de soupe, une Pelforth et des cailloux. Je cherche pas les histoires, ça tombe bien, sinon je m’engueulerais. Et j’aime pas me faire engueuler, ça me fout en rogne…

décembre 1st, 2010

Les personnages de fiction

    L’œuvre achevée constitue l’artiste ; et non la posture.
    Aucun créateur d’œuvres littéraires ne peut faire l’économie d’une réflexion sur l’acte de création.
    L’art ne peut pas être d’impulsion.
    La réflexion sur la nécessité de l’art (ses objectifs et ses sources d’inspiration) nourrit l’œuvre, la cadre, la justifie.
    Il n’y aurait pas d’art dans un monde de robots, où chacun n’est que l’avatar de l’autre, non pas parce que les robots sont des machines mais parce qu’ils n’ont pas de faille existentielle.
    L’art puise son inspiration dans les failles, les fissures, les fêlures des êtres humains, ainsi que dans les infinies différences et les infinies ressemblances entre eux.
    La combinaison des composants ADN ainsi que les aléas émotionnels et affectifs produisent une telle incommensurable diversité de personnes qu’il devient possible aux personnages de fiction de devenir aussi vrais que des êtres réels.
    Quand leurs « inventeurs » ou leurs auteurs disparaissent, les personnages subsistent dans la mémoire collective comme des ancêtres communs.
    Et quand les années passent, voire les décennies ou même les siècles, les personnages de fiction se fondent dans la foule des personnes ayant vraiment existé, ce que confirment quelque fois des adaptations vidéo.
    Les personnages que l’artiste a fabriqué avec de la matière humaine ont pris chair et, s’incrustant dans notre mémoire collective, notre généalogie, notre culture, ils deviennent notre propre métaphore.
    Nous gagnons tous un peu de leur immortalité.
    C’est la revanche de la fragilité humaine sur l’implacable horloge du temps.

novembre 25th, 2010

Sur ma table de travail

Ma table de travail est dominée par une vieille lampe de bureau standard, plutôt moche, dont l’abat-jour de toile blanche ¬- si vieille qu’elle est devenue jaunâtre et criblée de chiures de mouche – me sert de support à citations… Citations choisies au gré de mes lectures et de mon humeur, mais surtout représentatives de mes convictions présentes ou pérennes. Comble de l’ironie : je me cite… (ex : « la rancune est le panaris de l’âme ») Mais non ! Je ne suis pas mégalo…
Je les trace au crayon gras, dans tous les sens, il y a tellement, désormais, que je dois les séparer d’un trait pour les individualiser.
Chacune de ces citations, quand je les relis, me téléporte au moment de sa découverte ou bien fait surgir dans mon esprit les gens visés par elle. Et si j’analyse ce que je ressens à ce moment-là, j’éprouve la même jubilation que le jour de sa découverte… ainsi : « Plus l’homme est bête, plus son cheval le comprend », de Tchekhov, ou encore, du même : « Les chiens, quels braves gens ! »… que j’apprécie mes jours de misanthropie. Celle que je préfère peut-être fut écrite par Tocqueville : « les idées fausses et simples l’emportent toujours sur les idées justes et compliquées », genre de phrase qui console de la stupidité, en quelque sorte… Une petite dernière pour la route, de Pierre Dac : « C’est avec les grands crus qu’on prend les meilleurs cuites » !

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